Hey yo !
Aujourd'hui je me suis levée, j'ai tourneboulé ma chambre pour retrouver ces stupides feuilles qui seront restées dans mon sac d'écolier. J'ai pris un café, je pense toujours à la même chose quand je prends un café, il n'est jamais assez sucré. Je suis descendue de la voiture, et on aurait dit une scène de film. De loin, une masse de gens, entassés devant un portail à moitié ouvert, le ciel gris souris ne souriait plus, je marchai le pas las, trouvai quelconque réconfort dans un bonjour amical, rentrai dans le hall... C'est comme si j'allais au ralenti. Mon nom, noyé dans les autres, 127. Salle 127, c'était ça, ma place. Je me dirigeai donc vers 'la salle', encouragée par quelque ami, un solo de guitare sèche dans la tête, une voix douce, magnifique orphéon aérophore me susurrant que l'amour me ferait tout oublier...
Mon cul ouais. Je rentre dans la salle, les gens hésitent, s'assoient, fouillent dans leur sac, déballent et patatras, des piles sur les bureaux, des montagnes de crayons... J'ai déjà sorti mon stylo, mes feuilles et mon eau. Les sujets plaqués sur les tables, c'est parti... Quatre heures de pur calvaire. Si le lycée c'est pas du masochisme quand même. J'ai toujours cette voix douce qui me conte monts et merveilles dans les oreilles, je me sens complètement pas comme les autres. Une demi heure, et tout le monde a l'air si concentré, j'arrive pas à trouver ce que je peux faire de ces textes. Une heure passe, et j'ai enfin l'inspiration... Plus ou moins. J'écris, les mots filent, l'encre s'envole du bic et s'écrase violemment contre ma copie... J'adore ça, quand on a l'impression qu'on pense plus vite que son stylo, j'affiche un sourire satisfait, j'écris. J'y arrive, j'écris. Je jubile... C'est ce p'tit truc qui fait de moi une littéraire, je crois.
Deux heures passent. J'écris une lettre à mon professeur, je lui explique tant bien que mal que je n'ai pas plagié Mallarmé, que le plagiat n'est pas un crime contre l'humanité, je n'écris plus, je m'amuse. Le stylo n'existe plus, ma main ne bouge plus, c'est comme si ma tête parlait à cette feuille qui se noircit. C'est beau, l'écriture... Alors j'arrête, c'est terminé. Trois heures passent, et j'ai fini. Rien n'est normal et tout le monde frotte sensuellement son crayon contre le papier, je n'arrive jamais à être comme tout le monde. Comment je peux être ce que je ne me sens pas être ? J'attends, je gonfle les joues, le fais des sourires niais aux gens qui osent relever le nez de leur copie, je fixe le plafond, je mets mes lunettes sans verres pour montrer aux autres gens que je ne fais pas partie de leur race. Le chanteur imaginaire continue de me chuchoter ses ballades et tente même de m'endormir. Je le sens pas moi, cet examen à la con.
Je sors, je mange, je ris, et je m'en vais. Je suis maintenant toute seule au milieu des preneurs de bus, il chante toujours ce même air qui m'ennuie, mais qui en même temps me plonge dans les pensées les plus saugrenues que j'ai jamais eues. Je rentre, je branche la prise 'Jack' à mon organe cérébral, tout explose. Je suis complètement nue sur une immense toile remplie d'araignées, 'je pars en live' comme on dit. Je ne suis pas comme vous, moi je peux être défoncée avec une simple chansonnette. Les répliquent filent, je deviens scénariste d'une vie que je ne connais pas, je parle enfin avec l'ami de l'ami que j'aurai l'honneur de voir de mes propres yeux au mois d'Avril. J'ai fait une rencontre rigolote, il s'appelle Raymi, il a un prénom bizarre parce que son papa vient du pays des bonnets jolis. La voix douce continue encore de s'égosiller, maintenant il me traite de brebis galeuse. Il a tout compris, lui. C'est Moon qui parle et je me sens étrangère de ce corps, et j'aime bien cette sensation, quand l'autre prend le contrôle et qu'elle me laisse m'endormir... Je suis vraiment fatiguée, c'est nerveux je crois. C'est pas chouette, bonsoir lecteur.
Note : Je compte bien m'endormir en écoutant cette putain de chanson, et pas vous.